
Dans les plaines devant le Jourdain, Moché s'adresse à une génération sur le point d'entrer dans la terre promise, et la paracha se lit d'abord comme un mouvement allant du grandiose au minuscule — de la conquête des géants à l'attachement de petites boîtes de parchemin sur le bras. Son argument, cependant, va dans l'autre sens. Le mot d'ouverture, eikev, signifie la conséquence qui découle de l'obéissance, mais c'est aussi le mot pour talon, et il désigne les mitzvot plus légères, ces commandements qu'une personne est tentée de piétiner comme étant trop insignifiants pour s'en soucier. C'est sur ceux-ci, insiste Moché, que repose toute la vie dans le pays. Le souvenir du désert enseigne la même leçon : la manne, nourriture qui ne pouvait être stockée et devait être reçue fraîche chaque jour, enseignait une dépendance envers ce que Dieu décrète quotidiennement plutôt qu'une gratitude pour le spectaculaire. Le danger d'une bonne terre, donc, n'est pas l'idolâtrie grandiose mais l'oubli silencieux qui accompagne les granges pleines. L'injonction finale scelle cela en rendant les commandements portables — les tefillin liés sur le bras, la mezouza inscrite sur le montant de la porte — déclarés, même sous la menace de l'exil, comme les mécanismes de survie qui survivent à la terre elle-même.
Dans la haftara, tirée de la seconde moitié de Yechayahou, Sion pleure que Dieu l'a abandonnée et oubliée, et Dieu répond avec la tendresse d'une mère qui ne peut oublier son nourrisson. L'exil est réel mais n'est pas un divorce définitif ; il n'y a pas de lettre de divorce, seulement une dette de péché que la techouva, le retour, peut rembourser.